Alors « Taciturne » de Dinos, ça vaut quoi ?

Artiste : Dinos (anciennement Dinos Punchlinovic)

Prénom/nom : Jules Jomby

Âge : 26 ans (30 novembre 1993)

Projet : 2ème album studio (16 titres sur la version standard + 4 titres bonus répartis sur 2 versions physiques différentes*)

Sortie : 29 novembre 2019

Taciturne : personne qui parle peu, qui est renfermée, silencieuse. « Si tu m’demandes qui je suis, j’te dirais qu’je suis perdu ». Voilà Dinos, le Dinos de son 2ème album. Avec une définition et une phase du morceau « XNXX » (1er extrait de l’album), voilà comment vous décrire le Dinos que j’ai écouté, analysé et décortiqué pendant 16 morceaux. Cependant, les apparences sont trompeuses.

En effet, si le rappeur né à Douala (Cameroun) est un homme renfermé et perdu, il n’en demeure pas moins un artiste qui ne sait jamais autant livré que dans ce projet (« Le rap comme seul exutoire » et « J’oublie tout, j’ai trop d’problèmes dans la tête, plus facile d’écrire des chansons que d’en parler ») et qui sait où il va artistiquement parlant. Et pour le petit auditeur que je suis, auditeur qui suit Dinos depuis ses fameux battles des Rap Contenders, ce fut un plaisir d’écouter et de travailler sur « Taciturne », qui est une véritable réussite à mes yeux.

Décrit par son auteur comme étant dans la suite logique de « Imany » (son précédent et 1er album), mais aussi comme le « projet de la maturité » dans lequel il a fait sa propre psychanalyse (le rap est une vraie thérapie selon ses dires), « Taciturne » est un projet sombre et froid. Un projet à l’image du Dinos actuel. Un projet miroir qui reflète les pensées et les songes de ce dernier.

Ainsi, de manière très personnelle et introspective, le rappeur originaire de la Courneuve (93) évoque, avec spleen, nostalgie et solitude, ses sentiments, ses doutes (notamment sur lui, sur l’amour et même sur ses croyances), ses questions existentielles, d’où il vient (le quartier et ses vices), son rapport à l’argent, ses origines, ses quelque opinions politiques (le pillage de l’Afrique par la France par exemple), sa famille ou encore son rapport au succès et à la célébrité. En toute sincérité, j’ai été touché à plusieurs reprises pendant les écoutes de cet album, ressentant la peine et les affres d’un bonhomme égaré dans l’obscurité.

Clairement, et à seulement 26 ans, Dinos semble porter déjà un lourd tribu, et si l’artiste est dans la lumière (passant d’un succès d’estime avec « Imany » à un début de succès commercial avec ce nouvel album), l’homme semble être au paroxysme de ses névroses et de ses afflictions. Il semble si loin le temps où celui qui se fait encore appeler Dinos Punchlinovic rappait : « La vie est bien trop belle pour s’prendre la tête » sur son fameux titre « Namek ». Damn, les souvenirs.

Que de nostalgie dès les premières secondes de ce son 😮

Pour en revenir à l’analyse de « Taciturne », une certitude a rapidement gagné mon esprit en l’écoutant : dans la catégorie « balade mélancolique » (voire mélancolie tout court), Dinos est, à mon humble avis, le meilleur dans le rap game francophone. Et si vous doutez de mes dires et que vous n’avez pas encore écouté ce projet, je vous invite vivement à savourer le combo « Arob@se »« Quand les cailleras prient » (pistes 11 et 12). Vous risquerez, comme moi avant vous, de prendre une sacrée claque.

Cependant, ranger Dinos dans la catégorie « rappeur mélancolique » est trop réducteur, à mon sens, tant ce dernier possède aussi une vraie fibre musicale, déjà entrevue sur « Imany » et totalement confirmé avec cet album. Franchement, j’ai pris mon pied quand ce dernier pousse un peu sur sa voix et chantonne (cf. « N’Tiekar », « No Love » ou encore justement « Arob@se »).

Et vu qu’on parle de musicalité, j’ai aussi apprécié écouter un album instrumentalisé, avec la présence de pianos (cf. « On meurt bientôt », « Booska taciturne », etc) et d’instruments à cordes (cf. « Oskur », « Taciturne » et « Au revoir »). Des choix intéressants et de bonnes productions, que demander de plus ? Et je ne vous parle même pas du morceau « Les garçons ne pleurent pas », qui, en terme d’arrangement musical, est une petite pépite (cc Manu Dibango). Autrement dit, que du plaisir pour nos chères oreilles.

J’aurai encore de nombreuses choses positives à dire sur ce projet, notamment sur les prises de risques intéressantes que sont « Wouuh » et « Frank Ocean », la manière (maline) de faire une transition entre la première et la deuxième partie de l’album ou même les featurings (cc Marie Plassard), mais je ne désire pas en faire trop, préférant vous laisser écouter ou réécouter par vous-même.

Je souhaite simplement mentionner que, en guise de cerise sur le gâteau, j’ai beaucoup apprécié le fait que « Taciturne » n’est pas qu’un projet de balades mélancoliques ou de chansonnettes, il est aussi un véritable projet de rap, avec de nombreuses références et hommages à Booba, Mac Tyer ou encore Nubi, mais aussi avec des titres tels que « On meurt bientôt », « Mack Le Bizz Freestyle » et « Booska taciturne ». En tant qu’auditeur de rap avant tout, j’ai donc effectué, à de nombreuses reprises, le combo « bouger la tête – froncements de sourcils – sourire pincé » en écoutant cet album, ce qui signifie que j’ai, tout simplement, kiffé.

Toutefois, tout n’est pas non plus parfait, car « Taciturne » a deux (petits) défauts : passer après « Imany », qui était un véritable coup de cœur, et est, par moments, un poil décousu globalement. Si le premier défaut est, bien entendu, subjectif, il n’en reste pas moins qu’au moment de faire le bilan, et donc logiquement la comparaison, je trouve que « Taciturne » est légèrement en-dessous de son aîné, qui m’a plus marqué et « retourné ».

Et concernant son petit côté décousu, cela vient du fait que cet album a été, en majorité, enregistré par collages, mesure par mesure, au fil des inspirations et improvisations de Dinos. En effet, souffrant du syndrome de la feuille blanche et étant sous pression, il n’arrivait plus à mettre ses mots à plat, au point d’avoir dû changer sa méthode de travail, et donc d’improviser une fois en cabine de studio. Ainsi, à part « Les garçons ne pleurent pas » (son morceau préféré depuis le début de sa carrière pour l’anecdote), l’artiste a tout simplement laissé cours à son instinct artistique face au micro, ce qui a, d’un côté, son charme, mais de l’autre, lui donne un côté sensiblement moins homogène (voire complet) et lisible que « Imany » (pour rester dans la comparaison avec son 1er album). Voilà, en me creusant pas mal la tête et en cherchant la petite bête, les seuls défauts que j’ai trouvé à ce 2ème album.

Ainsi, si « Taciturne » est légèrement moins bon que « Imany » à mes yeux, il n’en reste pas moins un très bon projet, dans la continuité/direction artistique de son 1er album, et où Dinos se livre comme il ne l’a jamais fait. « Taciturne » est, de ce fait, un projet aussi appréciable à écouter qu’à décortiquer, un album musical, mélancolique et rap qui fait du bien aux oreilles, qui est touchant et qui confirme que « Dinos » est un blase prenant de plus en plus d’épaisseur dans le rap game francophone. Bref, « Taciturne » est, purement et simplement, un des meilleurs projets de la fin d’année 2019. Pas mal pour un bonhomme en plein mal-être et un artiste n’arrivant plus à écrire. Chapeau, et respect même.

Coups de cœur :

  • « On meurt bientôt »
  • « XNXX »
  • « N’Tiekar »
  • « No Love » ft. Marie Plassard
  • « Adeola interlude »
  • « Arob@se »
  • « Quand les cailleras prient »
  • « Booska taciturne »

Coups de blues : aucun

Note : 17/20

*Ma chronique musicale ne comprend pas les titres bonus « Sagittaire », « Les pleurs du mâle », « Slide » et « Coeurjacking », qui ne sont pas sur la version standard (Spotify), je m’en suis donc tenu aux 16 titres de cette dernière.

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