Pochettino out/Mourinho in, une énorme erreur de Tottenham ?

C’est le genre de changements qui pourrait changer la destinée et la dimension d’un club. Mais c’est aussi le même genre de changements qui pourrait donner envie de s’arracher les cheveux d’ici quelque mois/années. Ce 19 novembre 2019, Mauricio Pochettino a été licencié de son poste d’entraîneur de Tottenham. Et pas plus tard que le lendemain matin, un certain José Mourinho a été nommé à la tête des Spurs. Un choix surprenant, et à mes yeux, un véritable reniement.

« Le temps passe. Et chaque fois qu’il y a du temps qui passe, il y a quelque chose qui s’efface ». Cette citation de Jules Romains illustre parfaitement les derniers mois du mandat de Mauricio Pochettino en tant qu’entraîneur de Tottenham. Le 1er juin dernier, dans l’antre de l’Estadio Metropolitano, l’argentin était inconsolable, mais aussi à seulement une petite marche d’être sur le toit de l’Europe, privé par une équipe de Liverpool sans état d’âme. A peine 5 mois plus tard, l’ancien défenseur central du Paris-Saint Germain a été prié de faire ses bagages. Décidément, le temps passe très vite dans le football.

Tellement vite que le lendemain matin à peine, le favori des bookmakers anglais était déjà nommé : José Mourinho aka « The Special One ». Il remplace ainsi celui qui était surnommé « Big Brother » par ses joueurs, qui paie une première partie de saison très décevante avec une 14ème place en Premier League et seulement 3 victoires en 12 matchs. Enchaînant même 5 matchs de championnat sans victoire et étant à seulement 3 petits points du 17ème (et à déjà 11 points d’une place qualificative en Ligue des Champions !), l’argentin n’a pas survécu à la trêve internationale de ce mois de novembre.

Et si son bilan est plus positif en LDC avec 7 points et une deuxième dans son groupe B, la déroute du mois dernier face au Bayern Munich (2-7) à domicile avait déjà sérieusement entamé son crédit auprès des dirigeants des Lilywhites (instant culture général : c’est un surnom du club donné par ses supporters en raison de ses maillots traditionnellement blancs).

D’ailleurs, en parlant de dirigeants, et pour ne rien arranger, les relations entre ces derniers et Pochettino s’étaient très largement détériorées ces derniers mois, avec d’un côté un Daniel Levy (le président du club) qui était peu enclin à offrir, à son entraîneur, un degré d’indépendance qu’il souhaitait (avoir plus de prérogatives sportives), et de l’autre, un Mauricio Pochettino qui pointait du doigt son président en raison d’un manque de soutien, notamment financier. Aie.

Je rappelle, au passage, que le bonhomme n’a eu le droit à aucune recrue de janvier 2018 à juillet 2019, en partie à cause du financement du nouveau stade (le magnifique Tottenham Hotspur Stadium). En tout et pour tout, ça fait 18 mois avec un seul et même groupe, un groupe qu’il mènera successivement à la 3ème, puis à la 4ème place en championnat, mais surtout en finale de la prestigieuse Ligue des Champions, via un parcours assez irréaliste (Tottenham sort des poules in-extremis, puis élimine Dortmund, Manchester City et l’Ajax avec de sacrés scénarios). Respect éternel.

Je ne vais pas vous mentir, quand j’ai appris la nouvelle de son limogeage, j’étais sur les fesses. Et quand m’est venue aux oreilles la nomination du « Mou », je me suis tapé la tête contre les murs (et ça fait mal). Pourquoi ? Parce que l’argentin est un très bon coach qui aurait mérité plus de temps vu ses résultats depuis sa nomination en 2014, et que José Mourinho est un entraîneur qui, au vu de ses dernières expériences, n’est plus dans le coup et vit sur ses succès passés. Je m’explique.

En un peu plus de 5 ans à la tête des Spurs, Mauricio Pochettino c’est :

  • 159 victoires pour 62 nuls et 72 défaites
  • une finale de Coupe de la ligue anglaise pour sa première saison (2014-2015)
  • un podium (qui en appellera 2 autres) retrouvé en 2016 pour la première fois depuis 1990
  • le retour des compétitions européennes pour le club londonien, dont la très belle épopée de la saison dernière (mentionnée ci-dessus)
  • un entraîneur qui n’a pas hésité à faire confiance à des jeunes joueurs, permettant ainsi à des Harry Kane, Christian Eriksen, Dele Ali ou encore Son Heung-Min de grandir plus vite et de devenir, pour certains d’entre eux, des pointures du football mondial
  • un bonhomme qui a fait d’Hugo Lloris son capitaine (une référence à son poste, qu’on le veuille ou non) et qui a donné une seconde chance à des joueurs comme Moussa Sissoko et Lucas Moura
  • un passionné du beau jeu fait de pressing et de nombreux mouvements et permutations offensives afin de déstabiliser le bloc adverse, un entraîneur qui ne jure que par la cohérence et l’esprit d’équipe

Enfin bref, vous voyez où je veux en venir : Mauricio Pochettino a purement, et tout simplement, fait changer Tottenham de dimension. Si le club étaient une bonne petite équipe anglaise à son arrivée, il est aujourd’hui un membre actif du top 4 anglais et un habitué des joutes européennes au moment de faire le bilan de son mandat. Mauricio, c’est bueno.

Cependant, comme toute bonne chose, il y a une fin, et cette fin est intervenue en ce début de saison 2019-2020. La raison ? J’ai envie de répondre par une banalité : la saison de trop. Selon Romain Molina, l’argentin et son entourage se sont interrogés à ce sujet suite à la finale perdu face aux Reds, envisageant la possibilité de quitter Tottenham durant l’été. Cependant, très attaché au club (et à ses joueurs), il a décidé de renfiler son bleu de travail. Mauvaise idée.

Pourquoi ? Parce que si j’aime l’entraîneur, je reconnais tout de même les limites de sa méthode : son message ne passait plus, car les joueurs sont usés, principalement mentalement. MP, c’est un élève de Bielsa, un homme qui croit fermement aux notions de « travail » et de « courage ». A l’entraînement, l’irréprochabilité est de mise et tout est filmé et décortiqué. Et quand ton effectif n’est pas renouvelé pendant 1 an et demi, eh bien les joueurs décrochent, voire craquent, petit à petit.

Pour démontrer la véracité de mes propos, je vais utiliser des données relayées par Julien Momont sur son Twitter. Et comme vous pouvez l’apercevoir ci-dessous, que ce soit au niveau des Expected Goals (ce sont le nombre de buts qu’un joueur ou une équipe aurait dû marquer, ou encaisser, selon les probabilités sur une période donnée, qu’il s’agisse d’un match ou d’une saison) ou du pressing, Tottenham montrait de véritables signes de déclin sur la saison dernière (qui s’est clôturée avec une seule victoire sur les 5 derniers matchs d’ailleurs) et la première partie de cette saison. Et donc forcément, qui dit mauvais résultats, dit tensions avec certains joueurs, et ce même si « Big Brother » était proche de ses derniers.

Cependant, malgré ces sérieux signes de faiblesse, j’aurais aimé que les dirigeants des Spurs lui donnent un peu plus de temps, rien que déjà par respect pour tout ce qu’il a fait pour ce club, mais aussi pour voir si l’argentin de 47 ans aurait été capable de s’adapter et de relancer la machine, ce qui est la marque des très grands entraîneurs. Tant pis, je lui souhaite de prendre du recul, un peu à l’image de Pep Guardiola lors de la saison 2012-2013 (sa fameuse année sabbatique), et de revenir meilleur.

La courbe verte représente les occasions créées et la courbe rouge représente les occasions concédées, on remarque donc assez aisément que le ratio occasions créées/concédées a commencé à chuter la saison dernière pour finalement être négatif cette saison
D’une des meilleures équipes de PL en terme de pressing sur les saisons précédentes, Tottenham est devenu une équipe du ventre mou sur les premiers mois de compétition dans ce domaine

Quant au choix Mourinho pour le remplacer, vous vous en doutez au vu du titre de cet article et de l’introduction de celui-ci, je ne suis absolument pas fan. Pourquoi ? Parce que Mourinho est aux antipodes de ce qu’est Pochettino, aussi bien tactiquement que dans le managing. En prenant le coach portugais, Tottenham et ses dirigeants souhaitent enfin remporter un (des) titre(s), eux dont le dernier remonte à 2008 et une modeste Coupe de la ligue anglaise. Depuis ? Des finales, mais aucun trophée. Et les dirigeants sont bien conscients que dans le football, plus que n’importe où, on ne retient que les gagnants.

Et pour gagner, ils sont prêt à renier tout ce qu’ils ont bâti ces 5 dernières années. Pochettino est un passionné du beau jeu ? Mourinho incarne à merveille l’antijeu, sa basant avant tout sur un bloc défensif bas et très compact (la fameuse tactique du bus). Pochettino est un entraîneur proche de ses joueurs ? Mourinho n’hésite pas à mettre ses hommes face à leurs responsabilités en conférence de presse, quitte à en faire des martyrs.

Pochettino est un coach peu dépensier ? En seulement 5 ans, Mourinho a dépensé presque le double de ce qu’a dépensé l’argentin (à 1:50 si vous cliquez sur le lien), ce qui ne va pas du tout convenir à l’économe Daniel Levy. Autant tout de suite vous le dire, si le natif de Setúbal n’a pas ce qu’il veut lors des mercatos, il ne se gênera pas pour le faire savoir dans les médias. D’ailleurs, en parlant de médias, Pochettino était un entraîneur sympathique et lisse ? Mourinho est un adepte de la moue et de la punchline. Enfin bref, pas besoin de poursuivre la comparaison, vous l’avez compris : quand on parle de Pochettino et de Mourinho, on ne parle pas du même football.

De plus, José Mourinho, c’est un nom, un palmarès. De ce fait, le club londonien a dû sortir le chèque, à savoir pas moins de 17 millions par an jusqu’en 2023, c’est-à-dire le double de ce que touchait l’ancien défenseur du PSG. Et niveau indemnités de licenciement concernant ce dernier et son staff, cela se chiffre à pas moins de 23 millons d’euros. Donc en tout et pour tout, en prenant en compte les 4 saisons du « Special One » et le licenciement de Pochettino (et de son staff), on monte à pas moins de 91 millions d’euros. Daniel Levy en PLS.

Tout en sachant que le nom Mourinho rime, ces dernières années, avec usure physique et mental, tensions avec ses joueurs cadres et cycle de 3 ans (la première en guise d’adaptation, la seconde où les résultats sont au rendez-vous et la troisième qui est synonyme de crise sportive), nombreux sont ceux qui se questionnent quant à ce choix pour remplacer MP, et j’en fais bien évidemment partie.

Pour le moment, et son aventure à Manchester United le confirme aisément, le coach de 56 ans semble être « has been », principalement au niveau de son managing. Là où le bonhomme exige des hommes et des guerriers sur le terrain, la génération actuelle marche à l’affect. Là où le portugais adopte un managing distant (à l’anglaise), de nombreux joueurs ont besoin de dialogue avec leur coach pour être performant sur le terrain. Là où l’entraîneur aux 24 titres n’hésitent pas à tirer à boulets rouges sur ses joueurs dans la presse, les footballeurs d’aujourd’hui ont (pour la plupart d’entre eux) besoin d’être défendu et protégé un minimum. Bon courage à Alli & consorts. Très clairement, des tensions, et peut-être même des départs de joueurs cadres (en froid avec lui ou tout simplement réticents à sa méthode) ne sont pas à exclure à l’avenir.

Le petit tweet de 2012 qui fera plaisir à José 😉

Enfin bref, si je ne doute pas du fait que l’ancien entraîneur de Chelsea – qui avait d’ailleurs glissé en 2015 qu’il n’entraînerait jamais Tottenham par respect pour les Blues et ses supporterssera capable de remotiver ses nouvelles troupes et, pourquoi pas, avoir de bons résultats, voire gagner un (des) titre(s), il n’en reste pas moins une solution court-termiste, prise dans la précipitation et reniant de tout ce qui avait été bâti et entrepris ces 5 dernières années. Décidément, tout va très vite dans le football. Certainement trop vite.

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